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Les compétences du 21ème siècle, vous connaissez ?

Publié le 16.06.2016

Depuis quelques années, les compétences nécessaires à la réussite ne sont radicalement plus les mêmes qu’autrefois. Alors que le sujet est réservé aux hyper-spécialistes en Europe, des milliers d’écoles dans le monde entier ont déjà adapté leur modèle pour enseigner ces nouvelles compétences. Sans un recentrage massif sur ces compétences clés, notre économie risque tout simplement l’effondrement.

Un sujet peu connu pourtant au coeur du système

Notre société évolue profondément, sous l’influence de trois phénomènes fondamentaux : l’accès instantané et illimité à l’information, la mise en réseau des individus, et la suppression progressive des tâches parasites de notre quotidien. Ces trois phénomènes, intrinsèquement liés, bouleversent non seulement notre mode de vie, mais également notre capacité à demeurer performant professionnellement.

Le retard est énorme : 1 français sur 10.000 a entendu parler des compétences du 21ème siècle, contre 1 américain sur 10.

Depuis près de quinze ans, la communauté scientifique anglo-saxonne s’intéresse à la transformation des modes de travail et d’organisation, et notamment à leur impact sur les compétences requises permettant d’assurer une performance professionnelle optimale. Ces compétences assurant la réussite ne seraient désormais plus les mêmes qu’autrefois.

En effet, dans le milieu professionnel, alors que les années 1970 et 1980 faisaient largement appel aux compétences dites routinières, les vingt dernières années ont vu un net changement s’opérer, avec une sollicitation toujours croissante des compétences d’interaction et d’analyse. On parle alors des compétences du 21ème siècle.

 


Levy, F., & Murnane, R. J. (2004). The new division of labor: How computers are creating the next job market. Princeton, NJ: Princeton University Press.

La principale raison avancée est l’accès illimité à une information en expansion constante. Des chercheurs de Berkeley ont notamment évalué que l’information produite entre 1999 et 2002 correspondait à la somme de toutes les informations produites jusqu’alors dans l’histoire du monde. Et cette quantité d’informations doublerait tous les deux ans.

La quantité d’informations disponible sur Internet double tous les 2 ans. Ce déferlement change les compétences nécessaires au quotidien.

Durant l’époque industrielle, les compétences clés concernaient la maitrise d’un métier, l’obéissance aux règles et à la hiérarchie, et le professionnalisme : efficacité, intégrité et sens de l’équité. A l’ère de la société de l’information, ces compétences sont toujours nécessaires, mais elles ne constituent plus la base de l’excellence.

Repenser les pré-requis pour mieux penser

Il est désormais indispensable de pouvoir construire un raisonnement tout en mettant en cause la fiabilité des informations disponibles, de savoir se montrer créatif, de travailler en équipe, et de communiquer clairement. Face à la vélocité et à la variabilité de l’information, il faut savoir s’adapter, prendre des initiatives, et produire un résultat inattendu tant sur le fond que sur la forme.
Plusieurs taxonomies ont été proposées afin de lister et catégoriser ces compétences. La première initiative sur ce sujet a été lancée en 2002 sous le nom de Partenariat pour les Compétences du 21ème siècle, ou P21, avec l’appui de AOL, Cisco, Microsoft et le Ministère de l’Education des Etats Unis.

Une autre initiative d’envergure, apparue après 2005, porte le nom d’ATC21S, l’Organisation pour l’Evaluation et l’Enseignement des Compétences du 21ème siècle. Dans de nombreux pays développés, des groupements d’experts se sont intéressés au sujet, depuis le Ministère de l’Education des Pays Bas, jusqu’à l’UNESCO, en passant par l’Union Européenne, et un consortium de 35 universités. Malheureusement aucune française.

Plusieurs milliers d’écoles et organisations dans le monde travaillent sur les compétences du 21ème siècle. Aucune n’est française !

Un consensus international sur les compétences du 21ème siècle

Aujourd’hui, une classification fait consensus, à tel point qu’elle a été retenue par l’OCDE pour créer son nouveau référentiel d’évaluation des étudiants. Les douze compétences essentielles du 21ème siècle sont réparties en trois catégories :

 

Compétences cognitives,  ou liées à l’apprentissage (Learning skills – 4C)

  • Critical Thinking (Pensée critique)
  • Créativité
  • Coopération
  • Communication

Compétences littéraires (Litteracy skills)

  • Information
  • Média
  • Technologie

Compétences liées au quotidien (Life skills)

  • Flexibilité
  • Initiative
  • Sociabilité
  • Productivité
  • Leadership

Retrouvez les définitions pour chacune de ces compétences
dans le standard P21.

Alors que toutes ces compétences permettent de construire la future élite intellectuelle mondiale, responsable et performante, quatre de ces compétences sont fondamentales pour la réussite individuelle. Ce sont les fameuses 4C, ces compétences cognitives qui peuvent être enseignées et qui permettent la résolution de problèmes complexes : Créativité, Critical Thinking (Pensée Critique), Communication, Coopération.

4 compétences dominent désormais la performance : Créativité, Critical Thinking, Communication, Coopération. On parle des 4C.

Une urgence pour la performance économique

Le Ed Design Lab s’est intéressé en 2015 à la perception des recruteurs concernant les compétences liées à la performance. Les 4C y sont présentes et prépondérantes, en plus de la résilience, l’empathie, la capacité d’agir en catalyseur, et la capacité à appréhender les différentes cultures.

En négligeant le sujet, notre nation prend du retard sur ce qui devient un avantage compétitif indispensable : le capital humain. Le capital humain d’une nation est le stock des connaissances et des compétences possédées par les individus. Le niveau de ce stock détermine directement la performance économique.

Au 21ème siècle, dans une société où la performance passe par la capacité à accéder à l’information, à la structurer et l’appliquer pour résoudre des problèmes nouveaux, le développement des 4C devient donc fondamental, ainsi que l’identification des individus les maitrisant.

L’ancien monde face au nouveau

Un tel changement passe par de nombreuses étapes : savoir détecter, mesurer et évaluer ces compétences, apprendre aux enseignants à les enseigner et les développer, apprendre aux recruteurs à en faire leur référentiel et à les développer toujours plus en entreprise…

L’évaluation des compétences du 21ème siècle nécessite pour partie une approche différente de celle qui prédomine dans le monde l’évaluation. La pensée critique dispose aujourd’hui de modèles d’évaluation qui ont fait leurs preuves depuis plusieurs décennies, et ne présente en cela aucun challenge particulier.

La créativité, qui est également une compétence cognitive, est désormais de mieux en mieux évaluée, les quinze dernières années ayant permis de développer une meilleure compréhension du sujet. En revanche, le sens de la communication et le sens de la coopération, qui sont des compétences interpersonnelles, sortent des modèles de mesure habituels, et il peut s’avérer délicat de les mesurer au sens strict du terme.

 

Pour rester compétitive, la France doit repenser son système éducatif, et les entreprises leurs critères et modes de recrutement.

Il s’agit d’un système entier à faire évoluer, tant sur le volet de l’Education Nationale, de la Psychométrie, et des Ressources Humaines des organisations. La route sera longue, et les résistances nombreuses, alors autant s’y mettre maintenant. Les américains et les canadiens n’ont après tout que 15 ans d’avance.

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