Podcast Learning, une révolution
à découvrir ?

Formation

Propos recueillis auprès de Pierre Denis, fondateur de Tootak.

 

Quelle est l’histoire du podcast ?

L’histoire du podcast, c’est celle d’un outil technique et d’un média.
D’abord une norme technique qui a été inventée en 1999, le flux RSS qui signifie « Really Simple Syndication » et qui permet de transporter des données de manière extrêmement simple. Et surtout, c’est une norme qui offre la possibilité de s’abonner à un flux RSS et donc à recevoir automatiquement une mise à jour des épisodes ou de tout contenu d’un site web.

Deuxièmement, bien évidemment, il s’agit de contenu audio, dont le premier propagandiste a été Steve Jobs, mais le mot podcast vient du journaliste Ben Hammersley qui va combiner les mots « IPod » à « Broadcast », ce qui donnera « Podcast »… En tout cas, c’est la version la plus connue de la création de son nom, qui en France, il y a quatre ans, était assez méconnu !
Celui qui lance vraiment le podcast, c’est effectivement Steve Jobs. C’est avec l’iPad 5 en 2005, qu’il met à disposition 6 000 contenus en pensant que ce sera « l’avenir de la radio ».

Le podcast a-t-il toujours eu un tel succès ? 

Non, en effet, même si c’est le charismatique Steve Jobs qui lance le podcast, ce fut un flop… Jusqu’en 2014, le podcast reste réservé plutôt à des communautés sans réussir à toucher une grande masse de personnes. Il va s’envoler aux États-Unis lorsque le « Podcast « Serial », équivalent à un « Faites entrer l’accusé » en France, va connaître un succès étourdissant. Il fera l’objet de 3,5 millions de téléchargements seulement pour les saisons 1 et 2 ; je ne vous « spoile » pas la fin, mais écoutez-le, c’est remarquablement réalisé ! C’est un récit documentaire fait par la radio publique de Chicago qui retrace une enquête d’une manière incroyablement vivante et précise. À partir de là, commence le succès grand public aux États-Unis où en 2021 + de 50% des Américains écoutaient des podcasts. Avec quatre années de retard, désormais +33% des Français en écoutent chaque mois.

Pourquoi miser sur l’audio ?

Avant tout, c’est une histoire personnelle. Quand j’étais petit, j’avais quelqu’un de mon entourage qui voyageait beaucoup et qui me ramenait des 33 tours des sons et lumières de différents pays. Enfant, j’ai parcouru la Vallée des rois, vu briller la lune sur les pyramides de Khéops et de Khephren, imaginer une tempête de sable dans le désert. Pourtant, encore aujourd’hui, je ne suis jamais allé en Égypte. J’écoutais inlassablement ce 33 tours que j’avais reçu en cadeau. C’était le son et les lumières des pyramides d’Égypte. Toute cette force du son, du merveilleux, je l’ai encore dans mes oreilles et c’est de là qu’est venue l’idée de travailler sur du podcast.

D’où vous est venue l’idée du podcast learning ?

Il y a aujourd’hui 2 types de podcasts. Il y a des podcasts qui sont des replays des émissions de radio que l’on a loupées et que l’on écoute en décalage par rapport au live. Et maintenant, il y a aussi des centaines de milliers de podcasts qui sont produits et qui racontent des histoires qui ne seront jamais entendues à la radio. J’ai très vite été persuadé que pour apprendre, raconter des histoires, produire une émotion et donner à apprendre, la voix et le récit offrent toutes les nuances et toute la force nécessaire. Donc on s’est mis en recherche de modalités de podcast qui pouvaient fonctionner dans le cadre de l’apprentissage.

Justement, pouvez-vous nous en donner des exemples ?

Notre expérience, qu’il s’agisse de groupes du CAC 40 ou d’ETI, montre qu’il existe une forte attente en termes de dispositif de formation, qui soit engageante pour faire vivre une réelle expérience aux apprenants. C’est notamment dans le cadre du travail à distance, que la crise du COVID a montré la nécessité pour bon nombre de réinventer ses contenus, sa pédagogie et ses portefeuilles de formation. À partir de là, au fil des dizaines et des dizaines de contenus pédagogiques que nous avons créés, on peut dresser un tableau des principales modalités.

  • La 1ère, qui est la plus utilisée, est la fiction : 80% de nos podcasts pédagogiques racontent des histoires dans lesquelles nos apprenants se projettent et travaillent ainsi l’ancrage mémoriel.
  • La 2ème serait plutôt une narration pédagogique. En d’autres termes, il s’agit de présenter en 1 minute, voire 1 minute 30, des notions pédagogiques très simples, avec un discours très précis. La meilleure illustration du succès de ce format-là, c’est le podcast grand public, « Choses à Savoir » qui compte 3,5 millions d’écoutes par semaine.
  • Le 3e type de modalité, on l’appelle le « Docurama ». Cela va être un mélange entre une fiction et un reportage, qui va permettre à la fois d’interviewer des experts ou des collaborateurs et de mettre en perspective, contextualiser ce qui est dit, ce qui est commenté et ce qui est découvert, au fur et à mesure du docurama, par le narrateur.
  • Enfin, il y a un 4e type de modalité qui peut se séparer en deux : il s’agit bien sûr des interviews.
    • L’autre catégorie d’interviews, s’appelle « les interviews inspirantes » ou « master class » : il s’agit d’écoute de personnalités marquantes et c’est un des attraits majeurs du podcast dans son écoute solitaire, en courant, en cuisinant, en s’endormant ou en voiture. Certains podcasts d’interviews sont devenus très célèbres, comme « Génération Do It Yourself » ou le seul podcast grand public que nous produisons, qui s’appelle « Déclic, ce moment où tout bascule ».

Que permet le podcast learning ?

Cela va vous paraître évident mais le podcast learning permet d’abord de se former quand on veut, où on veut, au rythme que l’on veut, parce qu’il n’y a pas aujourd’hui de formats pédagogiques plus agiles que le podcast learning.

Quelque chose qui vous fera peut-être sourire, c’est que le podcast learning lorsqu’on fait des interviews, cela permet aussi de s’extraire de l’apparence physique des personnes : combien d’interventions de qualité sont dépréciées par l’intervenant lui-même. Tout le monde ne fait pas un coaching TdeX, alors qu’une voix toute seule portera parfaitement le cœur du message.

Le podcast learning permet aussi de créer ses propres images mentales. Lorsque vous écoutez une fiction, vous n’avez pas d’images toutes conçues, vous allez créer un monde, un univers. Si vous voulez vous faire une idée de cela par rapport à un podcast grand public, vous pouvez écouter par exemple « Les baladeurs », particulièrement celui qui s’appelle « Voulez-vous entendre le loup dans le Grand Nord ? » et je suis prêt à parier que vous vous trouverez exactement dans la situation de Jérémie Villet dans le Grand Nord lorsqu’il prend des photos. Vous n’avez pas besoin d’images, vous y êtes ! Et c’est ce que permet le podcast.

Y a-t-il une durée idéale pour mieux apprendre ?

La durée est un point de vigilance, en effet, mais il n’y a pas de durée type, cela dépend essentiellement des formats que vous allez utiliser :

  • Lorsque l’on fait du format de narration pédagogique, il me paraît important de ne pas dépasser par exemple 2 minutes. Si l’on va sur de la fiction, avec une réalisation qui intègre un jeu d’acteurs, comme une série Netflix, le format idéal que nous avons mis en place peu à peu avec nos clients des Ressources Humaines ou des directeurs de formation, c’est 4 à 6 minutes.
  • Lorsque l’on fait des interviews dans un podcast ou un docurama on va être plutôt entre 6 et 8 minutes, parce qu’il faut le temps de poser le décor, pour introduire le sujet et donc pour bien comprendre où l’on se situe.
  • Enfin, lorsque l’on est plutôt dans du podcast d’inspiration, qui va consister, comme on l’a dit auparavant, à interroger des personnalités, on peut aller sur des 20 à 30 minutes. Un format qui paraît être idéal pour garder l’attention des auditeurs.

Aujourd’hui le monde est presque revenu à la normale et nous travaillons davantage en présentiel. Or, la formation par le podcast est essentiellement basée sur une méthode d’apprentissage à distance (durant le temps de transport, par exemple). MAIS ALORS PEUT-ON FORMER PAR LE PODCAST EN PRÉSENTIEL ?

C’est une chose qu’on a découverte avec nos clients, c’est un usage qui paraît extrêmement efficace pour toutes les personnes, par exemple, qui sont sur des chantiers, qui ne sont pas derrière un bureau et qui sont dans des conditions de travail qui ne facilitent pas l’accès à des PC. Ce qui s’est aussi répandu, c’est l’écoute en groupe d’une scène de podcast, qui va permettre d’initier la discussion, par rapport à un moment de formation. Là, je parle de présentiel, mais cela se fait aussi sous forme d’écoute en distanciel. Je pourrais prendre comme exemple le podcast que nous avons fait sur le harcèlement au travail, qui est utilisé en séance de groupe et qui est à la fois extrêmement intime et précis sans être gênant grâce à l’absence d’image.

Le simple fait d’écouter les podcasts suffit-il pour apprendre ?

Ce qui est intéressant dans le podcast au fil des retours que nous avons eu, c’est que cette modalité pédagogique est aujourd’hui utilisée en elle-même comme un tout ou bien en blending learning avec d’autres formats. En réalité, vous pouvez avoir un parcours pédagogique qui va contenir des podcasts comportant des épisodes de 4 minutes en classe inversée avant une période de présentiel, puis toutes les semaines, vous pouvez faire des renforts avec des concepts qui sont communiqués via des narrations pédagogiques d’une minute, et puis après par exemple une classe en distanciel, vous allez finir votre parcours pédagogique par des podcasts d’interviews qui présenteront des user cases qui parleront directement aux apprenants.

En quoi le podcast facilite l’ancrage mémoriel ?

Justement, c’est ce que j’ai exprimé dans votre question précédente sur le parcours pédagogique. L’alternance des modalités des formats permet de répéter et l’on sait très bien que la répétition est une des clés pour la mémorisation des savoirs, comme l’a expliqué le philosophe Hermann Ebbinghaus d’après la courbe de l’oubli.

Existe-il plusieurs méthodes pour utiliser les podcasts ?

On en a évoqué une tout à l’heure, le partage de ce groupe, mais il y en a d’autres, telle que l’auto formation qui est une pratique qui se développe beaucoup et à laquelle le podcast est facilement associé.

Le podcast est facilement utilisable pour aider à on-boarder des nouveaux collaborateurs en racontant l’histoire de la société, en expliquant des métiers, en instruisant et en faisant découvrir des lieux grâce à l’écoute des épisodes de podcast.
L’écoute en entretien individuel de fictions sur des comportements face à un client, par exemple, est aussi une manière pour un manager de donner à entendre une méthode ou un témoignage qui va souligner un déficit sur un point particulier relevé lors d’une tournée de terrain, pour des commerciaux.

D’une manière générale, le podcast s’inscrit complètement dans la formation continue. Il s’agit de construire pour des bénéficiaires un parcours complet à l’identique d’une formation en e-learning ou en présentiel, mais avec des coûts moindres de déploiement et une réelle autonomie de construction de parcours pour les bénéficiaires.

Pourquoi le podcast est-il efficace pour former les collaborateurs ?

L’efficacité du podcast tient à 3 choses qu’on a en partie déjà évoquées :

  1. La capacité de visualisation et donc de mémorisation.
  2. La répétition qui permet d’ancrer les savoirs.
  3. La concentration : lorsque vous écoutez un podcast, vous devrez vous concentrer sur la voix et vous ne serez pas distrait par des images. Cette concentration est un facteur clé de l’efficacité du podcast.

Est-ce que vous en mesurez l’efficacité ?

Depuis le début de notre création, nous avons pu former 5 570 collaborateurs en l’espace de 2 ans.
Notre 1er point clé dès le lancement de la société a été de se doter via une App Mobile de la capacité à tout mesurer. Ce que nous savons aujourd’hui, c’est que l’usage d’un mobile learning est totalement intégré, sans aucune difficulté, puisqu’on a un taux de téléchargement de l’application de 92% et le merveilleux tuto que j’avais fait, n’a jamais servi.
Le 2ème point clé pour nous, c’est de mesurer si les écoutes des épisodes sont complètes ou non. Et le taux est aujourd’hui par épisodes de 94%.
Le dernier point qui nous permet de mesurer l’attractivité de cette modalité pédagogique, c’est le nombre de like que nous pouvons enregistrer. Il se situe entre 25 et 70 % par épisode et par écoute, ce qui est considérable.

Il est vrai que depuis plusieurs années le podcast est de plus en plus écouté, mais pensez-vous que c’est suffisant pour en faire une nouvelle pratique pédagogique ?

Le podcast, il faut le resituer dans une pratique que tous les Français affectionnent, à savoir la radio : 80% des Français écoutent la radio toutes les semaines. Depuis toujours, on écoute la radio pour s’informer, pour s’éduquer, pour se faire plaisir et puis pour se former. La voix est la plus ancienne manière de transmettre un savoir, et ce qui est surprenant, c’est qu’aujourd’hui, cela apparaît comme une innovation pédagogique, alors que c’est vieux comme le monde.

Le podcast learning, il s’impose tout seul, aujourd’hui, dans les usages personnels et je m’en suis aperçu à travers une question que je pose à mes interlocuteurs qui dirigent des centres de formation : « Quand est-ce que toi, tu t’es formé ? » Dans bien des cas, mes interlocuteurs lèvent les yeux au ciel et n’ont pas de réponse, mais ce qui me fait sourire, c’est que de plus en plus souvent, ils me disent : « Ah mais, je ne me suis pas formé, mais j’écoute des podcasts ».

La pratique personnelle a pris de l’avance sur la pratique professionnelle, mais elle procède exactement de la même manière. J’ai envie d’apprendre, j’ai envie de me former, je suis curieux et donc je vais chercher des contenus faciles à écouter, dans lesquels je vais pouvoir me projeter quand je peux.

Comment mettre en place la formation par le podcast ?

Je crois qu’il faut prendre le podcast comme une vraie innovation et donc faire des vrais lancements, il ne s’agit pas de dire simplement, « c’est à la mode, donc on va le proposer et ça va fonctionner tout seul », ce n’est pas vrai. Ce que nous recommandons fortement, cela vous paraîtra peut-être évident, mais c’est dans un premier temps de faire écouter tous les podcasts par les managers, puis dans un second temps de les lancer auprès des équipes.
Ce que nous avons très vite mis en place aussi, c’est une validation des acquis à l’intérieur même des programmes. Ce qui permet, il est vrai aussi, d’inciter à l’écoute.

Y a-t-il des limites au podcast learning ?

La première des limites du podcast learning, tient à quelque chose de fondamental, mais qui s’étend à tous les modes d’apprentissage : c’est la qualité. Un contenu moyen avec un son qui n’est pas de bonne qualité est beaucoup plus vite intolérable qu’un contenu moyen avec une vidéo moyenne. Il n’y a pas de place pour l’« à peu près » dans le podcast learning, car il en va de la précision du langage qui porte l’enseignement.
Je crois qu’il ne faut pas vouloir faire du podcast learning sur des choses très longues et très techniques. Pour cela, il y a d’autres modalités qui sont plus appropriées.

Existe-il une différence entre podcast et podcast learning finalement ?

La différence fondamentale est qu’il y a des dizaines de milliers de podcasts en France qui consistent à interviewer des gens, à faire des talks : on enregistre, on met ça sur Spotify et ça s’appelle un podcast. Un podcast learning, il se construit à partir d’objectifs pédagogiques qui sont déclinés sur chacun des épisodes, avec une réflexion sur la modalité narrative qui est la plus appropriée. D’ailleurs, la plupart des talks qui consistent à mettre un micro devant un invitée et de discuter, ne font aucune audience auprès du grand public. Il en va de même pour un podcast learning qui enregistre des collaborateurs, sur lequel on n’a pas travaillé le contenu.

Pourquoi avez-vous finalement misé sur le podcast et pas sur un autre média ? 

Tout simplement parce que j’adore la voix et je trouve que c’est un média tellement intime dont il est passionnant de tirer le meilleur parti pour éduquer, pour former, pour accompagner. On est encore aujourd’hui très loin d’avoir donné toute sa mesure à cette modalité. Toute l’équipe de Tootak est passionnée par le son, par l’écriture et c’est cela qui nous fait inventer et créer du podcast qui trouve sa place dans les parcours de formation.

Une dernière question, c’est quoi Tootak ?

C’est un institut de formation qui est certifié Qualiopi, dont l’expertise est uniquement de travailler sur le podcast learning. Nous avons aujourd’hui une vingtaine de grands comptes comme client et nous avons produit près de 200 épisodes en l’espace de 2 ans, que ce soit des épisodes sur-mesure ou dans une bibliothèque de contenu qui va concerner le management, la qualité de vie au travail, les enjeux de sécurité ou même les enjeux de communication.

 

POUR TOUT CONTACT :

pierre.denis@tootak.fr
06 61 65 26 23

Veuillez remplir tous les champs obligatoires.
L'email est invalide.